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Playlist #6 - Nicolas Tardy



Vieux compagnon de route, Nicolas Tardy était dans les tous premiers poètes présentés en 1998 sur le premier T.A.P.I.N. Il propose ici sa playlist avec un angle précis, dans une démarche singulière. Les œuvres sont pour la plupart présentes sur le site, d’autres viennent d’ailleurs, comme celles de K. Goldsmith et de Chantal Neveu.
_ J. d’Abrigeon
 
 
Playlist #6 - Nicolas Tardy
 
En résidence en janvier et février 2017 à Peuple & Culture Marseille, je poursuis un projet d’écriture nommé Écrans. Il s’agit de courts poèmes en prose brassant tout ce qui transite par mon (nos) ordinateur(s) : textes, réseaux sociaux, séries TV, blockbusters, mème, etc. 13 de ces poèmes ont été publiés en 2016 dans le n°4 de Larevue*.
 
À cette occasion, j’ai souhaité présenter des travaux vidéos de poètes, qui ne sont pas des traces documentaires de lectures publiques, mais qui jouent sur le montage, les cadrages, les sous-titrages, les décalages son-image, les vidéos trouvées en ligne… développant ainsi une forme d’écriture spécifique.
Le cipM a accepté d’accueillir le vendredi 3 février 2017 une projection de cette sélection.
 
La plupart des vidéos que j’avais envie de présenter étant issues de TAPIN 2, j’ai donc proposé à Julien d’Abrigeon d’accueillir ma playlist pour en garder une trace que voici :
 
Aubade, de Justin Katko (1’53)
La redondance littérale de la parole et du texte sont au service du choc pour les sens. Je vois dans ce mitraillage, la double influence — richesse — de la poésie concrète — par la sobriété — et des jeux vidéos — par l’esthétique.
 
Être et ne pas être – Onomagraphie, de Steve Savage (4’53)
J’aime l’utilisation humoristique que fait l’auteur de l’écriture non-creative (pour reprendre le terme popularisé par Kenneth Goldsmith). Celle-ci parlera à tous les utilisateurs de Google — donc par extension à tous ceux qui utilisent Internet. Le sous-titrage intermittent, bouscule son usage habituel, interfère avec les paroles, crée par des jeux d’échos une troisième couche de perception.
 
Theory , de Shirt & Kenneth Goldsmith (3’22)
Là aussi cela se passe entre la voix et l’écrit. Ici l’écrit donné à lire est rappé par un autre. Cela va dans le sens d’une distance que prône Kenneth Goldsmith, auteur du texte. La voix de Shirt décale légèrement le phrasé écrit (la ponctuation), ne le respecte pas toujours, marque des arrêts, saute des passages, réécrit vocalement.
 
Auto, de Corinne Lovera Vitali (4’37)
Au cœur de la poésie se trouve la relation entre le dit et l’écrit. Au cœur des logiciels d’écriture à reconnaissance vocale aussi. Les faiblesses des seconds révèlent des formes singulières de la première.
 
Poème du mois, octobre 2016 , de Laura Vazquez (0’16)
Cette série suis toujours le même protocole. L’auteure dit chaque jour un mot écrit à l’avance devant la caméra, afin de constituer un poème ayant le même nombre de mots que le nombre de jours du mois. Au-delà de cet aspect qui pourrait passer comme froidement programmatique, les différents arrières plans et angles de la caméra, apportent une sorte de paratexte venant modifier la perception du poème.
 
Le cerveau de Newton, de Boris Crack (6’32)
La piste image de cette vidéo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, parfois amputé de son début, donnant alors une idée complètement faussée de la situation qui s’y joue. En plaquant son texte (et sa musique) dessus, Boris Crack oblige le spectateur à chercher des connections, à voir une dimension métaphorique à ce rapprochement.
Boris Crack publiera Supergeek, un livre numérique, fin 2017 aux éditions Contre-mur.
 
De la potentiologie , de Sebastian Dicenaire (7’23)
Il existe plusieurs versions de ce travail. Une forme livresque combinant texte et images dans Dernières Nouvelles de l’Avenir, édition Atelier de l’agneau, collection Architextes, 2013. Une version live — que j’ai eu le plaisir de voir en 2016 au cipM, dans le cadre du Festival ActOral — où la lecture directe est associée à une projection vidéo. Et cette vidéo, en complète résonance avec les différentes formes de savoir (MOOC) ou pseudo-savoir (JCVD) disponibles en ligne.
 
Une presqu’île n’est pas une île, de Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet (2’58)
Alors que nous avons l’impression de connaître notre monde arpenté en tout sens par des caméras, un léger décalage dans le mappage d’une modélisation fait naitre la trouble. Le ton de la confidence le fait grandir. Les sciences humaines sont en arrière plan incertain.
 
Ce qui arrive , de Chantal Neveu (7’16)
Traditionnellement, les vidéos de captations de lecture par un auteur se font en plan fixe, avec un niveau de son constant. Ici l’auteur disparaît par moment, arpente un lieu où elle est exposée comme corps émettant une parole. La perception de cette parole se modifie au gré des lois de l’acoustique, des résonances dans l’espace architecturale.
Courant 2017, démarrera Dans l’architecture, un projet de performances littéraires et d’écriture collaborative entre Chantal Neveu et Nicolas Tardy, en partenariat avec les Productions Rhizome.
 
Vous avez le choix, de Beurklaid (3’01)
La société marchande n’en finit pas de nous envoyer des messages. Accumulés, ponctués de et (à la manière des enfants), ils révèlent leur violence insidieuse dans un parcours labyrinthique, en sollicitant la vue comme l’ouïe, de manière désynchronisée.
 
Là-bas c’est pas là-bas, de Mathias Richard (2’22)
On reproche souvent à la vidéo de mettre une distance avec l’expérience physique de la présence de l’auteur en lecture — surtout si celui-ci est un performeur tel que Mathias Richard, dont les lectures-publiques évoquent une dimension de transe. Dans cette vidéo, il arrive, non seulement à contrer ce reproche de distanciation, mais aussi à donner à voir, à ressentir, une présence physique du texte, que la présence hors vidéo ne pourrait pas rendre.
 
Pop, de Andy Fierens (0’54)
Comme Laura Vazquez, Andy Fierens se filme en train de lire un poème dans divers lieu. Mais chez lui, il n’y a apparemment pas de contrainte d’écriture liée à ce type de diffusion et une volonté affichée de faire rire par le décalage contextuel des lieux de prises de vues et les réactions — ou l’indifférence feinte — des personnes l’entourant. Pour ceux qui, comme moi, ne comprennent pas le flamand, cet autour du texte prendra la première place.